De l’induction à la valorisation industrielle, quand la recherche ouvre de nouvelles voies pour la décarbonation

Alors que l’industrie cherche à réduire son empreinte carbone, l’électrification des procédés constitue l’une des voies explorées pour transformer les modes de production. Au-delà du remplacement des sources d’énergie fossiles par de l’électricité, de nouvelles technologies permettent aujourd’hui d’utiliser directement l’énergie électrique comme moyen d’activation des procédés. Parmi elles, l’induction ouvre des perspectives dans plusieurs domaines de la chimie et de l’industrie.

Encore largement explorée au stade de la recherche, cette technologie fait l’objet de travaux visant à mieux comprendre son potentiel, à développer les équipements nécessaires à son utilisation et à identifier des applications susceptibles de répondre à des problématiques rencontrées en contexte industriel. Les travaux de recherche menés dans le cadre du PEPR SPLEEN illustrent cette dynamique, avec notamment le projet ECOCHEM et la création de la start-up CATMAG.

L’induction électromagnétique permet de générer de la chaleur au sein d’un matériau à partir d’un champ électromagnétique. Cette capacité à apporter de l’énergie de manière ciblée, au cœur du matériau, peut être mise à profit pour activer certaines réactions et envisager de nouvelles configurations de procédés.

L’intérêt de cette approche dépasse ainsi la seule question de la production de chaleur. Elle permet d’envisager une activation électrique de certaines réactions chimiques, Ainsi, l’induction s’inscrit dans les recherches consacrées à l’électrification des procédés industriels. Elle ouvre notamment des perspectives pour des procédés dans lesquels les conditions de réaction, les matériaux utilisés ou les modes conventionnels d’apport d’énergie constituent encore des verrous scientifiques et technologiques.

L’induction fait par ailleurs partie d’un ensemble plus large de technologies d’activation électrique dites « non conventionnelles », aux côtés notamment des plasmas et des micro-ondes. Ces approches font aujourd’hui l’objet de travaux, dont certains au sein du PEPR SPLEEN pour la décarbonation de l’industrie, visant à évaluer leur potentiel pour accompagner la transformation des procédés industriels.

En France, plusieurs laboratoires travaillent activement sur ces technologies et sur leur valorisation. Le Laboratoire de Chimie de Coordination (LCC) de Toulouse et l’ICPEES de Strasbourg notamment, développent des recherches sur l’activation par induction et ses applications. Ces travaux illustrent qu’au-delà de la démonstration scientifique, l’enjeu consiste également à rendre les technologies transférables vers des applications industrielles.

C’est dans cette perspective que le PEPR SPLEEN soutient des recherches visant à faire émerger des solutions technologiques contribuant à la décarbonation de l’industrie. Le projet ECOCHEM s’inscrit dans cette démarche en explorant notamment l’utilisation de l’induction magnétique pour la synthèse de l’ammoniac.

Pendant deux ans, un post-doctorat soutenu par ECOCHEM a ainsi permis d’étudier cette approche. En parallèle, deux années de post-doctorat soutenues par le projet POWERCO2 ont été consacrées à l’utilisation de la catalyse induite magnétiquement pour la réduction du CO₂.

Bien que portant sur deux applications différentes, ces travaux reposaient sur des problématiques scientifiques et technologiques communes : développement de l’équipement, montée en pression, choix et utilisation de suscepteurs magnétiques ou encore maîtrise des conditions expérimentales. Le rapprochement de ces travaux a ainsi permis de mutualiser certaines compétences entre laboratoires et projets et donc d’accélérer les recherches sur ces technologies.

Cette dynamique a également conduit à la constitution d’un portefeuille de brevets et à la production de résultats scientifiques, créant les conditions d’une valorisation au-delà du laboratoire.

Cette démarche de valorisation a abouti à la création de CATMAG, une start-up issue des travaux menés autour de l’activation magnétique. Fondée par Bruno Chaudret, chercheur au Laboratoire de chimie de coordination (LCC) de Toulouse, l’entreprise entend poursuivre le développement et la valorisation des technologies issues de ces recherches.

© CATMAG

CATMAG développe et commercialise une technologie de catalyse hétérogène activée par induction magnétique. Cette innovation brevetée permet la production de biométhane, de méthanol vert et de carburants de synthèse, avec des rendements supérieurs aux solutions existantes et une réduction significative des coûts d’investissement (CAPEX).

La création de CATMAG illustre ainsi une étape supplémentaire dans le parcours d’une innovation : passer de la preuve scientifique au développement d’une solution susceptible d’être développée et transférée vers le monde industriel. Le portefeuille de brevets constitué au fil des travaux soutient cette dynamique. Il établit un socle de propriété intellectuelle propice au développement et à la valorisation de nouvelles applications.

Pour les chercheurs impliqués, l’intérêt de cette démarche réside également dans la complémentarité entre recherche fondamentale, développement technologique et valorisation. Les travaux sur l’induction permettent de faire progresser les connaissances scientifiques, tout en confrontant progressivement les technologies développées aux contraintes du passage à l’échelle et aux besoins des futurs utilisateurs.

La trajectoire de CATMAG illustre concrètement l’un des objectifs du PEPR SPLEEN : favoriser les synergies entre recherche, innovation et monde socio-économique afin de faire émerger des solutions technologiques susceptibles d’accompagner la décarbonation de l’industrie.

Dans le contexte d’un PEPR, la valorisation ne constitue pas une étape distincte de la recherche. Elle se construit progressivement, à travers les collaborations entre laboratoires, acteurs industriels et institutions publiques, depuis l’identification d’un verrou scientifique jusqu’à la protection des résultats, leur transfert et, lorsque les conditions sont réunies, la création d’une entreprise.

L’exemple de l’induction et de CATMAG illustre ainsi comment le soutien à la recherche peut contribuer à faire émerger de nouvelles briques technologiques et à créer les conditions de leur transfert vers l’industrie. Une perspective prometteuse, dans un contexte de recherches au sujet des technologies d’activation électrique non conventionnelles en plein essor, afin de répondre aux défis d’électrification et de décarbonation des procédés industriels.

Le workshop scientifique UCAM 2026 se tiendra les 16 et 17 novembre 2026 à IFPEN (Solaize). Organisé en présentiel, il réunira la communauté scientifique autour des méthodes non conventionnelles d’activation des catalyseurs : chauffage par micro-ondes, activation par plasma, induction magnétique, ultrasons, chauffage électrique, etc.

Inscription : https://www.ucam2026.com/


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