Le méthane, un levier majeur pour atteindre les objectifs climatiques

Lorsque l’ambition de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est abordée, le dioxyde de carbone (CO₂) occupe naturellement le devant de la scène. Pourtant, un autre gaz à effet de serre attire aujourd’hui une attention croissante des chercheurs, des industriels et des décideurs publics : le méthane (CH₄).

Responsable d’environ 30 % du réchauffement climatique observé depuis le début de l’ère industrielle, le méthane constitue l’un des leviers les plus efficaces pour ralentir le changement climatique à court terme. Contrairement au CO₂, qui demeure plusieurs siècles dans l’atmosphère, le méthane possède une durée de vie d’une dizaine d’années. Réduire rapidement ses émissions produit donc des effets climatiques beaucoup plus rapides, tout en venant compléter les efforts engagés pour diminuer les émissions de CO₂[1].

Le méthane est aujourd’hui la deuxième contribution anthropique au réchauffement climatique après le dioxyde de carbone.

À quantité égale, son impact climatique est considérablement plus élevé : sur un horizon de vingt ans, une tonne de méthane réchauffe l’atmosphère environ 80 fois plus qu’une tonne de CO₂[2]. C’est pour cette raison que la réduction des émissions de méthane est considérée comme l’une des actions les plus efficaces pour limiter le réchauffement au cours des prochaines décennies.

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) estime qu’une réduction mondiale de 45 % des émissions anthropiques de méthane d’ici 2030 permettrait d’éviter près de 0,3 °C de réchauffement d’ici le milieu du siècle, tout en générant des bénéfices importants pour la qualité de l’air et la santé publique[3].

Si l’agriculture demeure la première source mondiale d’émissions de méthane, les secteurs de l’énergie et de l’industrie représentent également un potentiel majeur de réduction. Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le secteur de l’énergie est responsable d’environ 40 % des émissions de méthane d’origine humaine[4]. Pour les seules activités liées aux combustibles fossiles (production de pétrole, de gaz naturel et de charbon), les émissions atteignent 124 millions de tonnes de méthane par an, sans signe de diminution en 2025.

Ces émissions proviennent principalement :

– des fuites sur les infrastructures pétrolières et gazières ;

– du dégazage volontaire de certaines installations ;

– des mines de charbon ;

– de procédés industriels spécifiques.

Une partie importante de ces émissions est invisible à l’œil nu et peut rester non détectée pendant de longues périodes.

L’une des principales évolutions des dernières années concerne les technologies de surveillance.

Les campagnes de mesure au sol sont désormais complétées par :

– des satellites d’observation de la Terre ;

– des drones équipés de capteurs infrarouges ;

– des caméras optiques d’imagerie des gaz (Optical Gas Imaging) ;des réseaux de capteurs continus ;

– des algorithmes d’intelligence artificielle capables de détecter automatiquement des anomalies.

Ces nouveaux outils ont profondément modifié notre compréhension des émissions de méthane. Ils permettent notamment d’identifier des « super-émetteurs », responsables d’une part considérable des émissions totales. Plusieurs travaux montrent que ces événements ponctuels représentent une opportunité majeure de réduction à faible coût, puisqu’ils correspondent souvent à des défaillances techniques rapidement réparables[1].

Face à ces enjeux, le cadre réglementaire évolue rapidement.

Le Global Methane Pledge, lancé lors de la COP26, rassemble désormais 159 pays, qui se sont engagés à réduire collectivement leurs émissions de méthane de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020[1].

En parallèle, l’Union européenne met progressivement en œuvre un règlement spécifique imposant[2] :

– des campagnes régulières de détection et de réparation des fuites (Leak Detection and Repair – LDAR) ;

– une limitation des pratiques de torchage et de dégazage ;

– des exigences croissantes concernant les importations de pétrole, de gaz et de charbon en fonction de leur intensité en méthane.

Un recul en la matière a néanmoins été annoncé en 2026, puisqu’au nom de la sécurité d’approvisionnement en énergie, la Commission européenne prévoit d’assouplir les modalités d’application du texte pour les importations d’énergie d’origine fossile[3].

La réduction des émissions de méthane mobilise aujourd’hui de nombreuses disciplines scientifiques : instrumentation, télédétection, chimie atmosphérique, génie des procédés, intelligence artificielle, modélisation ou encore économie de l’environnement.

Développer des méthodes de mesure plus précises, améliorer les inventaires d’émissions, concevoir des outils d’aide à la décision ou encore optimiser les procédés industriels constitue autant de défis scientifiques au service de la transition écologique.

Au-delà du seul CO₂, la maîtrise des émissions de méthane apparaît ainsi comme l’un des leviers les plus importants pour limiter les émissions de GES et atteindre les objectifs climatiques à l’horizon 2050.


[1] https://www.iea.org/reports/global-methane-tracker-2026/

[2] Règlement UE 2024/1787 du 13 juin 2024 sur la réduction des émissions de méthane dans le secteur de l’énergie, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=OJ:L_202401787

[3] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/06/12/methane-l-ue-en-passe-d-assouplir-ses-regles-au-nom-de-la-securite-energetique_6701130_3234.html

[1] Thomas Lauvaux, Clément Giron, Matthieu Mazzolini, Alexandre d’Aspremont, Riley Duren, et al.. Global assessment of oil and gas methane ultra-emitters. Science, 2022, 375 (6580), pp.557-561. ⟨10.1126/science.abj4351⟩. ⟨hal-03565371⟩

[1] https://www.iea.org/reports/global-methane-tracker-2024

[2] https://www.unep.org/explore-topics/energy/facts-about-methane

[3] https://www.unep.org/explore-topics/energy/facts-about-methane

[4] https://www.iea.org/reports/global-methane-tracker-2026


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