Comprendre les scopes d’émissions de CO₂ : un cadre clé pour décarboner l’industrie  

Dans les stratégies de décarbonation industrielle, la mesure des émissions de gaz à effet de serre est une étape structurante. Le cadre le plus largement utilisé aujourd’hui est celui des scopes d’émissions, issu du Greenhouse Gas Protocol[1]. Il permet de classer les émissions de CO₂ (et autres GES) selon leur origine dans la chaîne de valeur.
Bien comprendre ces scopes est essentiel pour prioriser les actions, orienter la recherche et éviter les angles morts dans les trajectoires de neutralité carbone.

Le scope 1 regroupe les émissions directement générées par les installations de l’entreprise. Dans l’industrie, il s’agit principalement :

Le scope 1 est souvent au cœur des verrous technologiques. Il mobilise des leviers comme l’électrification des procédés, l’hydrogène bas-carbone, la capture et stockage du carbone (CCS), ou encore l’innovation sur les matériaux et les procédés eux-mêmes.

Le scope 2 couvre les émissions associées à la production de l’électricité, de la chaleur ou de la vapeur achetées par le site industriel. Elles ne sont pas émises sur le site, mais sont induites par sa consommation énergétique.

Même si ces émissions peuvent diminuer avec la décarbonation des mix électriques, elles posent des questions cruciales :

Le scope 3 inclut l’ensemble des émissions indirectes en amont et en aval :

Dans de nombreux secteurs industriels, le scope 3 représente la majorité des émissions totales, parfois plus de 70–80 %.

Le scope 3 ouvre des chantiers complexes mais stratégiques :

Opposer les scopes serait une erreur : ils sont complémentaires. Une stratégie industrielle crédible de décarbonation doit :

Pour la recherche, ce cadre met en évidence lanécessité de développer des approches intégrées, combinant innovation procédés, modélisation énergétique, analyses de cycle de vie et sciences économiques. Cela implique de croiser disciplines et échelles : du procédé industriel au système énergétique, jusqu’aux dynamiques économiques et territoriales.

En 2024, les émissions territoriales de la France s’élèvent à environ 369 Mt CO₂e, en baisse d’environ 32 % par rapport à 1990 [1]. En revanche, son empreinte carbone, qui inclut les émissions importées liées à la consommation, atteint environ 563 Mt CO₂e, soit près de 50 % de plus que les seules émissions domestiques. Cet écart illustre le poids majeur des émissions indirectes hors territoire, conceptuellement proches d’un « scope 3 » à l’échelle nationale, bien que les cadres méthodologiques diffèrent.

Les scopes ne sont pas qu’un outil de reporting. Ils structurent les décisions d’investissement, les feuilles de route technologiques et les politiques publiques. Mieux les comprendre, c’est mieux identifier où la recherche peut avoir l’impact le plus fort pour accélérer la décarbonation de l’industrie.


[1] https://ghgprotocol.org/

[2] https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-climat-france-europe-et-monde-edition-2025


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